Anthony Guillemette

Anthony Guillemette

Intervenant

Salut, je m’appelle Anthony Guillemette et je suis technicien en travail social.

 

Quel est ton rôle, ta mission à la Maison Oxygène Estrie?

Je suis intervenant et en soutien aux résidents. Ça consiste principalement à évaluer et faire le suivi des objectifs des résidents. Les pères restent à la Maison Oxygène Estrie en moyenne 3 mois, alors on a le temps de faire de belles interventions durant ce séjour.

 

Peux-tu nous parler brièvement de qui tu es, c’est-à-dire tes origines, tes intérêts lorsque tu étais plus jeune, ton parcours en général?

J’ai grandi à Sherbrooke et j’y ai vécu durant la majeure partie de ma vie. Quand j’étais jeune, je faisais pas mal tout le temps des activités avec des gars, que ce soit à l’école ou le soir quand on s’amusait dans la rue et les parcs. On jouait presque à chaque jour à un sport : soccer, hockey, baseball… ou tout autre jeu de compétition en groupe. Mon entourage et mes activités étaient alors particulièrement masculins et ça s’est renforcé à l’adolescence : C’est à cette époque de ma vie que j’ai décroché mon premier emploi en m’enrôlant comme réserviste dans l’armée. À l’époque, c’était vraiment important pour moi de montrer que j’étais un « tough », « cool » et fort.

Toutefois, cela ne m’empêchait aucunement d’être curieux, de me questionner et de vouloir aider autrui. En effet, je me suis toujours intéressé aux questions existentielles, à la philosophie ainsi qu’à la recherche de sens. Je crois que c’est justement en me rendant compte de cette volonté de paraître fort, tant chez moi que chez autrui, que je me suis rendu compte de la vulnérabilité des hommes. C’est à ce moment que j’ai développé un intérêt pour travailler auprès des hommes. À la Maison Oxygène, je demande souvent aux pères hébergés où ils se situent dans leur vie, le sens qu’ils accordent aux épreuves qu’ils vivent. On pourrait dire que je suis assez existentialiste.

 

Quel événement, prise de conscience ou personne t’ont marqué positivement? Dans quelle mesure cela t’a amené à l’endroit où tu te situes aujourd’hui?

Dans ma famille, j’étais l’enfant du milieu : mon frère et ma sœur étaient assez accaparants envers mes parents, alors je me suis effacé, j’en demandais peu à mes parents. J’ai ainsi développé un certain sentiment d’injustice, mais aussi un syndrome du sauveur, en m’effaçant pour laisser place à autrui. Malgré cette volonté d’aider, comme j’ai eu une socialisation très masculine, j’associais toujours la relation d’aide à un domaine de femmes et je n’étais alors pas porté à vouloir exercer un métier de ce domaine.

À 18 ans, je me suis inscrit au DEP pour faire de la mécanique de véhicules lourds. Je me suis vite rendu compte que ce n’était pas pour moi. Je suis retourné travailler dans l’armée.. mais je ne pouvais pas plus y laisser sortir mon côté curieux, aidant et existentialiste. J’ai donc décidé de m’inscrire en techniques de travail social au Cégep de Rouyn-Noranda. Me questionnant encore à savoir où était ma place, c’est une présentation de Tommy Cousineau, directeur de la Maison Oxygène à Ville-Marie au Témiscamingue, qui m’a vraiment confirmé que j’étais dans le bon domaine pour moi. Il nous a sensibilisé sur la réalité des hommes et leur expression de la détresse. Cette présentation m’a redonné un second souffle et m’a motivé à travailler auprès des hommes. J’ai passé 5 ans dans cette ville à faire mes études et c’est là-bas que j’ai rencontré mon amoureuse.

 

Pourquoi as-tu choisi de travailler à la Maison Oxygène Estrie? Qu’est-ce qui tu aimes particulièrement ici?

Ma famille, mes amis et Sherbrooke en général me manquaient depuis que je n’étais plus en région. Je suis donc revenu en Estrie il y a presque deux ans. Je me cherchais un emploi, puis un ami et ancien collègue de travail social m’a parlé de la Maison Oxygène. Je trouvais le principe vraiment intéressant, notamment le fait que c’était de l’hébergement pour pères et qu’il n’y a que très peu d’organismes communautaires pour les hommes. Je me suis renseigné, j’ai postulé et je n’ai jamais regretté.

Cet emploi, cette maison, c’est merveilleux pour bien des raisons : en offrant de l’hébergement, ton travail est un milieu de vie, alors tu as droit à de nombreuses interactions au quotidien. On voit les comportements au naturel et non seulement une fois par semaine ou sur rendez-vous. Un père qui réside chez nous vit quelque chose? C’est ici et maintenant que ça se passe : on est dans l’émotion brute. Vu qu’ils sont plusieurs à faire un séjour à la Maison Oxygène, nous sommes témoin de la dynamique de groupe, du support que les pères peuvent s’apporter mutuellement. En somme, on a un bien meilleur portrait de l’individu lorsqu’on assiste aux bons et aux mauvais moments de la vie de tous les jours.

Je suis un peu utopiste : je rêve d’un monde où tous les humains peuvent être heureux dans la mesure du possible. Et dans le monde d’aujourd’hui, avec tous ces gens qui prennent des antidépresseurs et qui sont malheureux, on n’est pas proche de mon rêve du tout. Mais quand tu vois de beaux moments, comme une nette amélioration dans la relation entre un père et ses enfants… Ces moments-là, ça vaut plus que mon salaire.